22 sep – 28 sep 2025
5 rue Bailly, 75003, Paris
Galerie Joseph
Vernissage : 22 sep à partir de 18h30
Spectacle de danse et violoncelle live à 19h00
Entrée gratuite


« J’assiste à des expositions de peinture dans des locaux vingt fois plus vastes que Hampton-Court. »
Les mots, les tropes, les signes, les syllabes, tous les éléments dans le poème de Rimbaud sont faits pour être visualisés, pour susciter une scène intérieure : produire une théâtralité du regard.
« J’assiste à des expositions de peinture », j’assiste, pourquoi pas je visite ? Chaque poème est une palette, un ensemble de couleurs, de rythmes et de ruptures visuelles, qui donne naissance à des images dynamiques : les poèmes ne sont plus des écrits statiques sur du papier, à lire et à apprécier avec distanciation. La répétition des juxtapositions des fragments écrase la distance entre le rêve et la réalité, entre l’idéal et l’expérience. Nous, les lecteurs, ne visitons plus simplement cette « présentation des écrits », nous assistons, participons, comme des acteurs, activement aux événements poétiques dans ce royaume créé par l’alchimie du verbe de Rimbaud.
Les jours et les saisons…
La soie des mers et des fleurs arctiques…
Que se passe-t-il quand on ne comprend plus, quand les mots se dérobent sous nos yeux comme des mirages ? Chez Rimbaud, la coexistence d’éléments incompatibles crée un nouveau sens par cette rencontre inattendue. Les Illuminations sont le collage d’une série de superbes fragments, nous ne pouvons pas les comprendre via une interprétation linéaire ni rationnelle. Cependant, les Illuminations ne sont pas un œuvre à appréhender, à saisir littéralement. Cette accumulation d’éléments qui semblent contradictoires est un mélange des réalités éparses ; elle ressemble à un jeu de miroirs qui reflètent le monde de l’âme et la projection vers un idéal. Le poète résiste aux conventions, refuse de donner la définition et l’explication de son poème.
Les Illuminations brisent les routes toutes tracées du langage pour nous forcer à voler. Ses mots explosent aux frontières du possible, créent des passages là où il n’y en avait pas. Chaque vers devient un saut dans le vide et c’est dans cette chute que naît la beauté et que nous pouvons entrapercevoir l’Idéal.
Celui qui nous interpelle dans les Illuminations n’est ni prophète ni confesseur. Il est comme nous : un regard qui se pose, qui observe, qui s’étonne. Il flâne dans ses propres visions avec la curiosité d’un promeneur découvrant une exposition.
Aujourd’hui laissons-nous interpeller par deux artistes contemporains aux talents variés. Bianka Zamatoczka et Liam nous offrent une expérience de cette « alchimie du verbe » transposée dans l’art contemporain. Ils partagent avec Rimbaud cette capacité à créer des mondes parallèles où les règles habituelles ne s’appliquent plus, où l’art devient un passage secret vers d’autres réalités.
Bianka, elle, sculpte l’impossible. Ses créations « multidisciplinaires » défient la pesanteur et la logique, créant des espaces où l’Art devient vivant. Chaque fibre, chaque pli et chaque touche de ses œuvres semble animé d’une respiration propre, d’un trouble qui rappelle cette « soie des mers et des fleurs arctiques » dont parle Rimbaud. Pour cette manifestation de vie, elle cherche à dépasser les frontières, entre l’art et la réalité, entre l’objet et l’être vivant, entre ce qui est et ce qui pourrait être. Ses œuvres semblent échappées d’un laboratoire poétique où la matière aurait appris à rêver.
Dans l’univers de Liam, chaque image devient un théâtre d’apparitions. Ses créations costumières ne raconte pas des histoires, elles les font surgir dans l’instant du regard, elles suggèrent la dramaturgie et le destin du personnage. Comme Rimbaud transformait les mots en « chalets de cristal », Liam métamorphose les corps en architectures vivantes, drapés de matières qui semblent avoir leur propre mémoire. Ses personnages mythologiques : Cupidon, Méphisto, ces figures intemporelles, ne sont pas des illustrations du passé mais des archétypes qui franchissent les frontières du temps. Dans ses mises en scène, la frontière entre rêve et réalité s’efface, comme dans les Illuminations où les règles perdent leur emprise sur l’imaginaire.
Les œuvres de Bianka et Liam ne cherchent pas à expliquer ou à rassurer : elles nous invitent à entrer dans un égarement fertile, dans cette perte de repères qui ouvre sur l’émerveillement. Dans leurs mains, l’art contemporain retrouve cette puissance d’illumination que Rimbaud a révélée dans sa poésie : la capacité de faire voir l’invisible et de rendre tangible l’impossible.
Les Artistes
Bianka Zamatoczka
Artiste pluridisciplinaire et activiste de la beauté
Dans l’univers de Bianka Zamatoczka, l’art devient un acte de résistance poétique. Artiste pluridisciplinaire formée comme art-thérapeute, elle développe un langage artistique singulier qui puise ses racines dans l’expérience intime de la maternité et l’urgence universelle de s’opposer à la violence par la beauté.
Son travail, qui mêle sculpture, performance, peinture et installation sonore, révèle une approche profondément incarnée de la création. Ses sculptures en argile et sel, léchées par les moutons dans Les Fragments, questionnent nos rapports au sacré et à la transformation. Ses performances avec des blocs d’argile explorent la vulnérabilité du corps comme réceptacle de soins et outil de résistance pacifiste. Dans ses peintures monumentales, les paysages de souffrance se transforment en partitions visuelles pour ses instruments musicaux créés à partir d’armes détournées.
Chaque œuvre de Bianka dialogue avec l’humanité et interroge notre capacité à sublimer la destruction en création. Qu’il s’agisse de sa Flûte de l’infini – carabine transformée en instrument de méditation – ou de ses installations où résonnent les échos de conflits apaisés, elle inscrit son art dans une démarche thérapeutique collective.
Nourrie par son expérience dans l’accompagnement humanitaire, Bianka Zamatoczka ne se contente pas de dénoncer : elle propose. Ses gestes artistiques dessinent un monde où la tendresse peut triompher de la brutalité, où l’art devient un territoire de réconciliation entre l’intime et l’universel.
Liam Dreamione
Artiste costume et créateur d’univers
Dans l’univers de Liam Dreamione, chaque création devient un portail vers l’impossible. Diplômé de l’Accademia Costume & Moda de Rome et de l’University of the Arts London, cet artiste-costumier transcende les frontières entre mode, performance et art visuel pour créer des œuvres qui défient la réalité.
Son travail, reconnu internationalement avec sa participation aux compétitions World of WearableArt en Nouvelle-Zélande et ses collaborations avec des figures emblématiques comme Lady Gaga et Bebe Rexha, révèle une approche unique de la création. Liam ne conçoit pas simplement des costumes : il sculpte des identités mythologiques, transforme les corps en architectures vivantes et métamorphose chaque matière en récit visuel.
Ses créations puisent dans un répertoire inépuisable d’influences : de la mythologie grecque aux opéras de Mozart, des légendes arthuriennes aux tragédies shakespeariennes. Chaque pièce raconte une histoire où se mêlent références picturales, inspirations littéraires et techniques artisanales d’exception. Ses costumes pour Cupid, Méphisto ou Roméo et Juliette ne sont pas de simples vêtements scéniques mais des créatures autonomes qui semblent porter en elles la mémoire des mythes qu’elles incarnent.
Cette capacité à faire dialoguer l’héritage culturel avec l’innovation contemporaine, à transformer l’artisanat traditionnel en langage visuel révolutionnaire, fait de Liam Dreamione un créateur à part entière. Dans ses mains, le costume devient sculpture, la mode devient art, et l’art devient magie pure.




