10 oct – 19 oct 2025
9 rue Commines, 75003, Paris
Pré-vernissage : 10 octobre, 19h30 (COMPLET )
Vernissage : 11 oct à 15h00
Clôture : 19 oct à 15h00
Entrée gratuite

Il était une fois une fille pas plus haute qu’un pouce. Elle découvrait le monde depuis sa coquille de noix voguant sur l’eau claire d’un étang. Durant ce voyage initiatique, cette petite fille, Poucette, découvrit une vérité essentielle : la beauté ne réside pas dans la grandeur spectaculaire, mais dans l’infiniment délicat, dans ces détails précieux que seul un regard attentif peut saisir.
Au même moment, dans les salons parisiens du début du XXe siècle, Claude Debussy composait ses Rêveries en privilégiant ce qu’il appelait le « goût fait de nuances et de délicatesse ». Face à une époque obsédée par les systèmes artistiques et les techniques à l’œuvre dans d’art, le compositeur choisissait l’évocation plutôt que la description, la suggestion plutôt que l’affirmation. Ses arabesques musicales transformaient le quotidien en merveilleux, révélant l’infini dans les plus petits mouvements de l’âme.
L’eau devient alors le fil conducteur de cette rêverie collective. Élément fluide et changeant, elle porte les songes de Poucette, inspire les compositions de Debussy, nourrit les jardins secrets où naissent les plus belles créations. Dans cet univers aquatique, chaque gouttelette devient miroir, chaque reflet raconte une histoire. L’eau reflète sans déformer, elle porte sans effort, elle transforme sans détruire.
C’est dans cette même philosophie de la délicatesse que s’épanouit l’art de Gabrielle Mar. Ses toiles réalisent ces rêveries flottantes où la couleur coule et se fond avec la fluidité des harmonies de Debussy. Ses jardins peints ne sont pas des lieux géographiques mais des états d’âme, des territoires intimes où chaque détail, l’ombre, le reflet, la texture, révèle une dimension cachée du sensible.
Nous sommes tous cette Poucette perdue dans l’immensité du monde, cherchant notre chemin à travers un univers rempli de beautés grandioses qui nous échappent souvent. Gabrielle Mar devient alors notre guide, celle qui, tel l’enfant du conte, possède ce regard particulier capable de saisir les merveilles cachées et nos rêves naïfs. Dans ses compositions d’une finesse infinie, elle capture ces beautés fugaces et les transforme en art, créant autour de nous une atmosphère aussi fluide et enveloppante que la musique de Debussy.
Ses « jeux de vagues » ne sont pas la violence des tempêtes, mais ces ondulations subtiles et colorées qui caressent la surface de l’eau. La touche des pinceaux de Gabrielle devient des motifs éphémères d’une beauté saisissante qui nous entoure et nous transforme. Chaque œuvre devient une miniature précieuse et la beauté du monde cristallisé nous accompagne dans notre propre voyage.
Gabrielle révèle un art de vivre oublié, celui qui privilégie la nuance fine au contraste grossier, la subtilité à la brutalité, la poésie furtive à la rhétorique grandiose. Dans ce dialogue entre le conte d’Andersen, la musique de Debussy et la peinture de Gabrielle Mar, se dessine une esthétique de la délicatesse qui résiste aux éclats de nos vie bousculées.
C’est bien là le secret des plus belles rêveries : elles nous transportent vers l’ailleurs en partant du plus intime, vers l’immense en embrassant le minuscule. Dans ce jardin aquatique où flottent les songes, nous redécouvrons cette vérité que Poucette connaissait déjà : la véritable grandeur artistique réside dans cette capacité à révéler l’infini dans le fini, l’universel dans le particulier.
Gabrielle Mar nous invite à retrouver ce « goût fait de nuances » qui peut encore nous émouvoir. Ses rêveries visuelles nous rappellent que la beauté persistante se cache dans la fragilité, et que la force créatrice véritable surgit dans un lieu où on ne l’attend pas.
Les Artistes
Gabrielle Mar
Gabrielle Mar développe une pratique artistique qui navigue entre l’héritage de l’expressionnisme abstrait américain avec une gestuelle asiatique de la peinture à « main levée ». Formée entre Taïwan, Los Angeles et New York, Gabrielle élabore un langage visuel trans-océanique où la couleur devient le vecteur d’une expérience sensorielle.
Les compositions de Gabrielle pulsent d’une luminosité interne, évoquant des jardins mémoriels où se rencontrent spontanéité gestuelle et construction architectonique. Sa technique, héritée de Joan Mitchell et Helen Frankenthaler, cultive une intimité particulière qui distingue son travail du caractère « héroïque » souvent associé à l’école de New York.
L’artiste maîtrise un vocabulaire matériel sophistiqué, alternant pigments translucides et empâtements délibérés, dripping spontané et constructions stratifiées. Cette sensualité tactile s’inscrit dans la résurgence contemporaine de l’abstraction matérielle occidentale tout en révélant des échos subtils avec la tradition du xieyi chinois, où l’expressivité du pinceau prime sur la fidélité descriptive.
Les œuvres de Gabrielle interrogent les hiérarchies établies entre beauté et critique, décoratif et conceptuel. Dans un contexte artistique souvent méfiant envers le potentiel critique de la beauté, ses peintures affirment que l’ornement peut constituer une stratégie d’engagement à part entière. Cette position résonne avec les critiques féministes sur la dévalorisation historique des arts décoratifs, positionnant son travail comme une intervention dans les structures genrées de l’Histoire de l’Art.
Ses toiles proposent l’abstraction comme espace affectif ouvert, où la beauté opère non comme délectation passive du spectateur mais comme forme agissante des relations entre couleur, corps et perception. Chaque composition invite à un temps d’observation prolongé, transformant la surface picturale en un lieu de rencontre entre pensées et sensations.
Gabrielle Mar expose régulièrement en Asie et aux États-Unis. Son travail articule un ethos pictural sensuel, méditatif et au-delà des cultures, enrichissant les débats contemporains sur les enjeux politiques et esthétiques de l’abstraction.



