23 septembre – 30 septembre 2026
5 rue Médicis, 75006, Paris
Galerie Au Médicis
Vernissage : 24 septembre à partir de 18h30
11h00-19h30
(le 23 à partir de 17h30 et le 30 jusqu’à 17h)
Entrée libre

Dans sa loge, elle a disposé ses objets un à un, comme on prépare un rite dont on serait à la fois l’officiante et l’offrande. D’abord, elle a pris un coquillage, elle le fait rouler entre ses paumes avant de l’envelopper dans un pan de satin, pour recouvrir ce qui est trop précieux pour être simplement montré. Elle sait ce que les hommes viennent chercherai théâtre : un objet désir qu’ils voudraient s’approprié. Elle ne se donnera jamais à eux telle quelle. Elle se donnera enveloppée, à demi devinée sous l’étoffe, révélée après un temps qu’elle choisira ; et c’est ce délai, cette étoffe, que les hommes prendront pour de la pudeur, sans en deviner le jeu.
On frappe. Elle n’ouvre pas tout de suite.
Plus tard, dans la pénombre des coulisses, un homme s’approchera d’elle avec la certitude tranquille de celui qui aura déjà choisi son geste. Sa main se portera vers son visage, parfois, il pincera légèrement son menton entre ses doigts, parfois, il caressera distraitement sa barbe, ou mettra son index contre les lèvres ; il réfléchit en silence, s’absorbé dans ses pensées. Il s’imagine en dilettante observant une danseuse sur scène, il croira qu’il a choisi la meilleure place pour admirer le spectacle. Il ne saura pas qu’il vient d’entrer, exactement à l’endroit et à la seconde qu’elle a choisi, dans une scène qu’elle répète depuis longtemps. Car c’est bien elle la maitresse des lieux qui a disposé l’or au mur, les motifs de vignes qui grimpent et les enserrent, la pénombre qui découpe leurs corps en une seule ombre unique. Elle, elle est celle qui a choisi, jusqu’au dernier détail, l’instant précis où sa propre tête semblera, aux yeux des hommes, se détacher de ses épaules, comme si une étreinte pouvait la briser, quand c’est elle qui vient de la sceller.
Ces gestes-là, la main qui enferme plus qu’elle n’enlace, l’étoffe qui protège plus qu’elle ne cache, le corps qui semble se rompre au moment même où il triomphe… une femme les peint depuis une dizaine d’années, seule, à l’huile, sans jamais être passée par une école d’art. C’est peut-être ce qui donne à sa peinture cette absence de pudeur technique : rien n’y est amorti par l’apprentissage, tout y est frontal, charnel, exact. Hélène Planquelle donne forme à son sujet avec une simplicité presque clinique : la double face de l’amour et de la rancune, la possession et la domination, la frontière incertaine entre celle qui subit et celle qui mène le jeu.
Ses toiles reprennent, sans jamais les citer littéralement, quelques images fondatrices de l’histoire de l’art : un baiser doré qui doit autant à Klimt qu’à elle-même, une naissance de Vénus racontée par un coquillage plutôt que par un corps nu, une union où l’érotisme et le sacré cessent d’être deux registres séparés. Mais chez elle, ces références ne sont jamais un hommage tranquille : elles sont reprises, déplacées, retournées, jusqu’à ce qu’on ne sache plus qui, du modèle ancien ou de la toile nouvelle, regarde l’autre ; exactement comme dans cette loge, où on se perd. À la fin, qui de la danseuse ou de l’homme vient d’entrer en scène…
Qui est l’acteur qui crée ce qui apparaît devant nos yeux ? Qui peut prétendre savoir sûrement ce qu’il veut ? Au fond, qui peut affirmer qu’il mène le jeu, sans être lui-même l’enjeu. Qui peut, comme les protagonistes de La Fanfarlo de Baudelaire, connaître au juste le baromètre de son cœur ?
Programme
Vernissage Jeudi 24 juin 2026, à partir de 18h30
Apéro et la récitation de la poésie de Baudelaire avec les étudiantes de la Sorbonne Nouvelle Lundi 28 septembre 2026, l’heure à préciser
Informations pratiques
Le Boromètre du Cœur
Hélène Planquelle
24 – 30 septembre 2026 Galerie au Médicis 5 rue de Médicis, 75006 Paris
Entrée libre

